Le Prix Goncourt Général 2016

Bonjour, voici un article sur ma dernière lecture, Chanson Douce de Leïla Slimani qui a remporté le prix Goncourt Général 2016 ! C’est parti !

Publié chez Gallimard le 18 août, Leïla Slimani offre avec son second roman une histoire de vie captivante aux allures de film d’horreur.

 

 

Le livre s’ouvre sur un drame : « Le bébé est mort ». Tout est dit dès le début. Une nounou est retrouvée dans l’appartement de ses patrons. Elle est mutilée et inconsciente tandis que le nourrisson n’a pas survécu et la petite fille est emmenée d’urgence à l’hôpital. Les cris déchirants et emplis de rage de la nourrice laissent place aux cris dévastés de la mère qui découvre la scène.

L’intrigue est simple, un jeune couple Myriam et Paul décident d’embaucher une nounou lorsque Myriam souhaite retrouver une vie active après s’être occupé de leur premier enfant et avoir laissé sa carrière professionnelle de côté.

Le couple très exigeant, fait subir un interrogatoire aux candidates, principalement des femmes venant de l’étranger et certaines mêmes sans-papiers. Louise, bien soignée et distinguée répond à toutes leurs attentes et une de ses anciennes employées témoigne de son excellent travail auprès des enfants.

Louise s’occupe donc d’Adam (le petit dernier) et Mia à la perfection. Mais Louise ne fait pas que de s’occuper des enfants, elle fait le ménage, prépare à manger pour toute la famille même le week-end, elle reprise les habits usés, répare les jouets abîmés, prépare le café du matin. Louise est partout à la fois et elle est une maîtresse de maison hors-pair. Cette femme aime de tout son cœur ces petits, qui la rendent fière comme un parent est fière de son enfant.

 

Que c’est-il passé ? Qui est vraiment Louise ? Quelle est son identité en dehors de ce huis clos constitué de cet appartement parisien et de ces deux enfants qui représentent son monde, son repère de vie ?

 

Le plus intéressant dans ce roman est le style d’écriture à la fois incisif, qui se suffit à lui-même, et cette posture de narrateur externe qui décrit si bien l’histoire et l’état d’esprit des pensées des personnages. L’intérêt du livre réside dans la description de la vie de ce couple parisien qui forme un certain idéal de la réussite sociale. Être en couple, avoir un métier valorisé à responsabilité, posséder un appartement parisien dans un « bon » quartier. Paul et Myriam sont l’échos des désirs qui peuvent tous nous traverser. Des parents qui finissent par être absents pour leurs enfants en suivants ces désirs.

 

crédit photo : Jean-Luc Bertini pour le magazine Elle

 

Par exemple, Paul s’achète une Rolex à un moment du livre lorsqu’il décroche un bon contrat (il travaille dans la musique). Non pas parce qu’il aime particulièrement cette marque de montre mais parce qu’elle symbolise la réussite. Pourtant, Paul a conscience de cette idée « ridicule » et achète cette montre d’occasion. Il la cache lorsque sa mère lui rend visite, car elle ne peut pas comprendre selon lui. Paul comprend bien lui ce que représente cette montre dans le petit monde qui l’entoure.

 

Myriam est le point de départ de l’histoire. À la naissance de Mia, elle se consacre à l’enfant et met en suspens sa carrière professionnelle. Elle pense qu’elle sera une mère exemplaire, qu’elle pourra apprécier les cris de son enfant en souriant, pouvoir répondre à ses moindres besoins en ressentant de la satisfaction. Mais personne n’est parfait et Myriam se rend assez vite compte qu’elle représente la version des jeunes mères qu’elle n’admire pas forcément. Qu’être une mère parfaite ça n’existe pas ou du moins qu’elle ne l’est pas.

 

Louise est sûrement le personnage le plus énigmatique du livre. Son histoire personnelle m’a particulièrement intéressée. Elle se dresse comme une entité frôlant la perfection, elle est jolie, forte et dynamique et s’extasie devant les enfants. Je ne compte pas en dire davantage, car sinon vous n’allez pas lire le livre, haha !

 

Pour moi, ce livre est une réussite. J’ai apprécié le rythme et l’efficacité du style d’écriture. L’incipit m’a directement rappelé le film Dorothy Mills sorti en 2008 qui relate les faits d’une jeune fille accusé de maltraitance sur un nouveau-né.

 

 

Ce film emprunte des éléments au genre surnaturel et au film d’horreur, toutefois il traite de la même question : qu’est-ce qui peut pousser une personne à violenter un enfant, individu qui représente l’innocence sous sa forme la plus pure ?

Les droits du livre ont déjà été achetés et le livre sera donc prochainement adapté au cinéma. Ce livre s’inscrit dans la lignée du fait divers des sœurs Papin, de la pièce Les Bonnes de Jean Genet ou bien du film de Chabrol, La Cérémonie. Cependant, Leïla Slimani s’est inspirée d’un fait divers américain datant de 2012 (article Huffington post qui en parle) plus spécifique, qui relate les meurtres de deux enfants par une nourrice. Quant aux personnages, l’auteure a laissé parler son imagination et se craintes. J’ai hâte de voir ce que va donner son adaptation au cinéma.

Je vous laisse réfléchir sur ce thriller dérangeant, n’hésitez pas à commenter si vous pensez lire le lire ou que vous l’avez déjà lu !

 

 

Information complémentaire : photo miniature article appartenant àgetty image
5 February 2017
13 February 2017