La vie cachée du docteur Romand...

Le 1er décembre est arrivé, c’est l’heure du premier writemas ! Je m’intéresse de près à l’étude de la psychologie des tueurs (surtout des tueurs en série) et la plupart du temps lorsque l’on se renseigne dessus, on tombe toujours sur des profils d’hommes américains. J’ai donc décidé de vous parler aujourd’hui d’un tueur bien particulier, Jean-Claude Romand, un Français originaire de l’Ain. Il n’a rien d’un tueur en série et, pourtant, son histoire est tout aussi incroyable…

 

 

Jean-Claude Romand

Nous sommes en 1993, Jean-Claude a 39 ans, il est spécialiste en cardiologie, chercheur à l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) de Genève, et surtout médecin. Il a deux enfants, Caroline 7 ans et Antoine 5 ans ainsi qu’une femme, Florence. Il est aimé de tous, les personnes qui l’entourent le décrivent comme quelqu’un d’agréable, de serviable. Il mène une vie paisible, rangée et Romand est reconnu dans son métier.

 

De la fumée

De la fumée. C’est le 11 janvier 1993 que les pompiers aperçoivent de la fumée sortant de la maison des Romand. Ils font tout leur possible pour venir en aide à la famille, mais seul Jean-Claude semble encore être en vie après l’incendie ; il est plongé dans le coma. Les autorités vont devoir avertir les familles des victimes, mais lorsqu’ils se rendent au domicile des parents de Jean-Claude, personne ne répond. Ils forcent l’entrée et tombent sur une scène cauchemardesque. Trois corps gisent sur le sol, la mère, le père et le chien de la famille. Ils sont tous les trois recouverts de draps, mais on peut voir des marres de sang. Il n’y a pas eu de vol, de violence, rien n’est en désordre, mais la porte d’entrée est fermée de l’intérieur… Des douilles sont retrouvées près des corps : c’est une carabine qui a été utilisée pour tuer.

 

Jean-claude est toujours dans le coma. Des gendarmes fouillent alors la maison des Romand qui a brûlée. Le feu semble avoir plusieurs foyers, comme s’il avait pris à plusieurs endroits dans la maison en même temps. les portes sont fermées de l’intérieur, et il y a plusieurs bidons d’essence sur place. Ce qui semblait être un accident devient clairement aux yeux des gendarmes, d’ordre criminel. La pièce où Jean-claude Romand a été retrouvé est calfeutrée, c’est-à-dire que des tissus ont été mis aux extrémités pour empêcher la propagation de la fumée. Ce fait est vraiment étrange, car seul cette pièce présente cette particularité…

 

Des autopsies ont lieues peu de temps après sur les corps des enfants et de la femme de Jean-Claude. Les enfants sont brûlés, mais le rapport indique la présence de plusieurs trous comme sur les corps des parents de Jean-Claude. Florence, quant à elle, n’est pas brûlée, mais elle a le crâne fracassé.

Tous les regards se tournent alors vers Jean-Claude, seul survivant. Mais que s’est-il passé ?

 

Je mens, mais mes mensonges deviennent des vérités.

André Malraux

 

Invraisemblable mais vrai

L’histoire, la voici : après avoir mis un terme à la vie de sa femme et de ses enfants, le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand attend le lendemain matin pour aller déjeuner avec ses parents, qui habitent plus loin. Il les tue, ainsi que leur chien. Il tente également d’emmener dans la forêt de Fontainebleau, son amie Chantal, qu’il a aspergé de gaz lacrymogène auparavant. Mais les pleurs de cette dernière le feront changer d’avis et il la laissera partir. En deux jours Jean-Claude effectue des déplacements entre chez lui (Prévessin-Moëns, un petit village de l’Ain), chez ses parents (Clairvaux-les-Lacs dans le Jura) et Paris (pour voir Chantal) avant d’essayer de mettre fin à ses jours de retour à sa maison. Le soir, il avale des médicaments et de l’essence, puis met le feu chez lui vers 4 h du matin, cependant les pompiers le sauveront à temps.

 

Pourquoi a-t-il fait tout cela ?

La vie de Jean-Claude est devenue un mensonge lorsqu’il a commencé à mentir à ses parents pour la première fois en leur annonçant qu’il avait passé sa seconde année de médecine. Il venait en réalité d’échouer. En effet, Jean-Claude n’a jamais était docteur, il a passé deux ans à la fac et n’a jamais réussi ses examens de fin d’année. Il s’est cependant inscrit pendant plus de douze ans à la fac, avant que quelqu’un de l’administration ne s’en rende compte. Sa femme, Florence, pourtant pharmacienne n’a jamais soupçonné quoi que ce soit.

Pendant plus de dix-huit ans, Romand a menti à toute sa famille sur son métier et ses occupations, prétendant parfois voyager à l’étranger pour son travail de chercheur à l’OMS, alors qu’il attendait sur des parkings ou se rendait dans des hôtels apprenant par cœur les guides de tourisme sur sa prétendue destination. Il rentrait avec des cadeaux achetés à l’aéroport et personne ne se doutait de rien. Il lui est aussi arrivé de mentir sur sa santé en confiant, par exemple, à un ami de la fac, qu’il avait le cancer.

 

Comment a-t-il pu vivre toutes ces années sans travailler ?

Apprécié de son village, Jean-Claude était considéré comme un bon père de famille, patient avec ses enfants, agréable avec ses proches. C’est tout naturellement qu’il a emprunté de l’argent à son entourage pendant plus de 10 ans. Il disait placer de l’argent et les personnes n’hésitaient pas à lui en confier, même plusieurs fois, de grosses sommes, dans l’espoir de les voir fructifier.

 

Ce sont tous ces mensonges qui ont poussés Jean-Claude Romand a commettre l’irréparable…

 

 

Le procès

À la suite de son procès Romand est condamné à la réclusion à perpétuité, ainsi qu’une peine de sûreté de 22 ans. Il s’agit de la peine la plus lourde en France. Il se montre froid pendant son procès, ne parle pas et installe un malaise dans la salle lorsqu’il se met à pleurer à l’évocation de la mort de son chien, alors qu’il n’a montré aucun remord auparavant.

 

Et aujourd’hui ?

En 2016, son ex-compagnon de cellule accorde une courte interview à Télé Star et peint une image positive de lui (l’article). En 2017, Romand est toujours en prison bien que depuis 2015, ses 22 ans de sureté se soient écoulées . Il se dit qu’il aurait trouvé une femme – une admiratrice comme il en existe beaucoup lorsqu’il s’agit de meurtrier “célèbre”.

 

Si l’histoire vous a intéressé(e), vous pouvez :

  • visionner l’émission “Faites entrer l’accusé“, qui est très complète sur le sujet, en cliquant ici.
  • lire le livre l’Adversaire d’Emmanuel Carrère. Je n’ai pas forcément apprécié ce livre ; il s’agit d’une correspondance entre l’auteur et Romand. Le style d’écriture et les remarques de l’auteur ne m’ont pas convaincue.
  •  regarder le film qui porte le même nom que le livre, avec Daniel Auteuil dans le rôle de Romand.
  • consulter le site dédié à Jean-Claude Romand. Ce site retrace la vie du “docteur” en s’appuyant sur les informations diffusées dans le livre d’Emmanuel Carrère (le site).

 

À demain pour un prochain article !

 

13 April 2017
2 December 2017